Attention : si vous êtes allergiques aux thèses dumeziliennes et au comparatisme indo-européen, et un adepte inconditionnel des thèses de J-L Bruneaux par ex, épargnons-nous mutuellement du temps et de l’énergie : sautez mon message.
Ceci étant dit :
Valery Raydon et Claude Sterckx : "
Hagiographie bretonne et mythologie celtique: Le cas de saint Goëznou, avatar chrétien du dieu Dagda."
Résumé (merci Babelio)
« L’hagiographie médiévale de Goëznou, saint breton dont le centre du culte était installé à Gouesnou près de Brest, présente la singularité d’avoir recyclé des motifs mythologiques propres au dieu au maillet des Celtes, appelé Dagda en Irlande et Sucellos en Gaule. À partir de ce constat, les auteurs nous convient à une passionnante enquête à la recherche de l’origine de la source exploitée et des motivations qui avaient pu conduire un monastère du Bas-Léon à façonner le personnage de son saint fondateur à partir du modèle d’un ancien grand dieu du paganisme celte.
Les auteurs nous proposent en parallèle un voyage dans l’ancienne religion des peuples celtes, à la découverte de rituels propres au culte du dieu au maillet panceltique qui firent l’objet pour certains d’une récupération par l’Église et qui survécurent jusqu’au XIXe siècle en certains secteurs des pays celtophones : rite de passage de la vie à la mort et vice versa, mais aussi rite pour soigner les maladies mentales. »
Claude Sterckx est une
référence pour ceux qui s’intéressent aux celtes et est sans doute plus connu que
Valery Raydon. Donc parlons de ce monsieur :
Le Dagda (dieu druide et plus ou moins assimilable à Zeus/Jupiter chez les Gréco-Latins) est un des sujets de recherche principaux de Valery Raydon. Si j’osais je dirais que « le Dagda c’est son dada ». Il en a même fait le nom de sa page humoristique lié aux celtes sur les réseaux sociaux «
Le chaudron du Dagda » et c’est aussi accessoirement (hum) le nom d’un de ses ouvrages les plus connus (je les recommande tous). Notons que le monsieur a aussi une chaîne YouTube que je recommande chaudement. Pour en revenir au Dagda, cette figure pan-celtique (un peu comme Lug, Lugh, Lugus, Lleu) se retrouverait en Gaule notamment via la figure de Sucellos (le bon frappeur).
En résumé ultra rapide : St Goëznou est donc un saint breton, à qui
Konomor, ("le Barbe Bleue à la sauce armoricaine")[1] offre un lopin de terre pour construire un monastère. Selon un motif classique des légendes européennes* : la taille n’est pas définie et c’est avec une condition spécifique (autant qu’en une journée/nuit ou avec une peau d’animal) que la surface sera établie. Dans une version de son hagiographie, St Goëznou utilise un bâton fourchu dont l’extrémité à deux branches va tracer un sillon. Le bâton trace un sillon extrêmement profond et sur une grande distance.
C’est ce premier indice original qui pousse les auteurs à s’intéresser au saint. En effet le bâton fourchu est un des attributs du Dagda et outre divers pouvoirs** ce bâton est connu pour tracer des sillons extrêmement profonds (ils pourraient servir de fossé de frontière entre les royaumes par ex.)
Bien sûr ce n’est pas le seul attribut commun et outre ce saint breton, les auteurs vont s’intéresser à des saints irlandais et écossais.
Ce livre a plusieurs avantages : le premier est qu’il met en lumière (encore une fois) le processus de christianisation de divinités païennes en saint/sainte mais pour une fois sur un exemple beaucoup moins connu (la relation « Dyonisos –> St Denis , Birgit -> Ste Brigitte de Kildare est plus connue par ex.), ce qui outre intéresser le passionné de mythologie/folklore que je suis, vient aussi titiller mon côté parpaillot et sa sainte (hu-hu-hu) horreur du culte des saints.
Un autre avantage c’est qu’il se lit facilement. Pas besoin d’avoir de grandes références et d’avoir lu X fois les mythes dont parlent les auteurs (même si en avoir connaissance est un plus bien sûr) pour apprécier sa lecture. Il est court, se focalise sur un sujet précis et n’utilise pas tout un jargon technique qui obligerait à recourir à un dico.
A titre personnel je l’ai trouvé passionnant.

D’un point de vue rôliste, ça peut donner des idées pour des scénarios dans Légendes Celtiques, Pendragon et bien-sûr #jeprèchepourmaparoisse Ynn Pryddein.
Ah j'oubliais rien que pour encourager les auteurs qui mettent leurs notes en BAS DE PAGE et pas en fin de chapitre (ça mérite la triple mort) ou en fin de bouquin (ultra chiant) vous devez acheter ce livre.
[1] édition pour éviter les foudres du djiyhad rouge breton
*On le retrouve par exemple pour les saxons qui s’installent en Grande Bretagne.
** Je m’en suis inspiré pour le scénario « la chasse du grand sanglier blanc » pour Ynn Pryddein #AutoPubGratuite