Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

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Sammael99
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Sammael99 »

J'ai fini de lire The Impossible Fortune de Richard Osman, le cinquième de la série Thursday Murder Club.

On est dans la continuité des autres, un polar au ton léger, par moments loufoque mais sans vraiment franchir la ligne, et plein de feelgood. C'est un mélange bizarre, et ça a un goût de péché mignon (clairement pas un chef d'oeuvre) mais comme avec les quatre précédents j'y ai pris beaucoup de plaisir.
Mozart n'a pas écrit que le Boléro de Ravel. Mais aussi plein d'autres trucs beaucoup moins connus (comme le canon de Pachelbel). - Le Grümph
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sherinford
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Journal d'un scénario

Message par sherinford »

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"Journal d’un scénario", de Fabrice Caro.

Dans ce roman, on lit le journal d’un des projets de Boris, écrivain et scénariste. Boris a une idée de scénario géniale: une histoire de rupture d’un couple. Il a même déjà imaginé les acteurs qui iraient parfaitement avec son projet. Son bonheur ne connaît pas de limites lorsqu’il apprend que son projet a été retenu et qu’il va pouvoir se réaliser… Mais avec le temps qui passe, de réunion en réunion, le voilà obligé de faire de multiples concessions, ce qui aboutit finalement à ce que le film qui se profile à l’horizon n’aura vraiment plus rien à voir avec son idée originelle.

Parallèlement, Boris rencontre une passionnée de cinéma dont il se rapproche alors qu’il lui parle de son projet, mais ne parvient évidemment jamais à lui avouer qu’il a dû modifier son script. Cela aboutit bien évidemment à une double catastrophe, consignée par Boris lui-même dans son journal.

Par rapport à mes autres lectures de Fabrice Caro, je trouve ce roman moins comique que d'habitude, tant il est douloureux pour le lecteur de suivre pas à pas cet anti-héros de Boris, qui ne sait pas dire non, qui par lâcheté n’ose pas révéler les difficultés qu’il rencontre.

Mais d’un autre côté, si on le prend comme une parabole de la vie, il y a du génie dans ce roman: car après tout, qui n’a jamais dû renoncer à ses rêves pour se confronter aux souhaits des autres ou la dure réalité de la vie ?
"Si tu souffres à propos de quelque chose d'extérieur, ce n'est pas cette chose qui te trouble, mais ton jugement sur elle ; il dépend de toi de le faire disparaître." - Marc-Aurèle
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Taranto
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Taranto »

Le pape a cité Gandalf dans sa dernière encyclique...

Un clin d'œil appuyé aux techbros qui se prévalent de leur auteur préféré sans en avoir jamis rien compris ?
https://www.lemonde.fr/pixels/article/2 ... 08996.html
 
Le personnage créé par J. R. R. Tolkien est cité par le pape au paragraphe 213 de Magnifica humanitas (« Magnifique humanité »), l’encyclique sur « la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle » publiée le 25 mai. Léon XIV convoque quelques phrases prononcées par Gandalf à l’appui d’un argument simple : l’idée que chacun peut agir pour le bien, même les plus humbles.
 « Il ne nous appartient toutefois pas de rassembler toutes les marées du monde, dit la citation de Gandalf, mais de faire ce qui est en nous pour le secours des années dans lesquelles nous sommes placés, déracinant le mal dans les champs que nous connaissons, de sorte que ceux qui vivront après nous puissent avoir une terre propre à cultiver. » Il s’agit là de « notre responsabilité », selon le pape, telle que la décrivait, par la voix de son personnage, « un écrivain catholique du XXe siècle, John Ronald Reuel Tolkien [1892-1973]».
La nation est une société unie par des illusions sur ses ancêtres et par la haine de ses voisins.
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Florentbzh
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Florentbzh »

Et en plus la note de bas de page (N°187) concerne la traduction de F.Ledoux !! :bravo:

https://www.vatican.va/content/leo-xiv/ ... nitas.html
2 Points de CLETCSOOEF par fidélité conjugale (erreur judiciaire qui ferait passer l'affaire Dreyfus pour un fait divers)

1 Point par malchance
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Tybalt (le retour)
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Tybalt (le retour) »

Oui, l'Église catholique s'améliore : au lieu d'attendre plusieurs siècles avant de reconnaître le talent des artistes chrétiens qui font des trucs originaux, elle n'a "que" soixante-douze ans de retard (je compte à partir de la parution du Seigneur des Anneaux et pas de celle du Hobbit, je suis gentil)... et Tolkien n'a même pas été mis à l'Index, contrairement à la terrible, à la sulfureuse, à l'inacceptable... brrr... George Sand !
Manque de bol, c'est aussi le moment où Tolkien est tellement devenu un classique qu'absolument tout le monde s'y réfère et cherche à se l'approprier, des anticapitalistes aux technofascistes.
Quant au catholicisme de Tolkien, c'est étrange, je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu autant d'institutions catholiques s'en enorgueillir il y a vingt-cinq ou trente ans, quand les films de Peter Jackson n'étaient encore qu'un projet et que l'auteur était confidentiel, relativement à aujourd'hui, veux-je dire. Mais loin de moi l'idée de penser que l'Église puisse être mue par un quelconque opportunisme.

Anticléricalisme mis à part, ça reste toujours un soulagement quand une personnalité publique se réfère à Tolkien sans trop dire de bêtises. Pour ce qui est des discussions de traduction, là, pour le coup, le commentaire de traductions et l'explication de texte en général, c'est un peu le métier n°1 des religions du livre, donc ce n'est pas surprenant que le pape y aille de son avis sur le sujet !
Mes sites : Kosmos (un jdra sur la mythologie grecque qui a lu les auteurs antiques pour vous) ; blog de lectures ; site d'écriture.
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Killing Joke
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Killing Joke »

[Cross-Post] Pour info, comme certains d'entre vous parlèrent de Fondation ces dernières pages, l'annonce d'un jeu de société adaptant cette licence à venir en 2026 sur Gamefound, comme évoqué dans le topic JDP ici.
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Orlov
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Orlov »

Tybalt (le retour) a écrit : dim. juin 07, 2026 7:25 pm Oui, l'Église catholique s'améliore : au lieu d'attendre plusieurs siècles avant de reconnaître le talent des artistes chrétiens qui font des trucs originaux, elle n'a "que" soixante-douze ans de retard (je compte à partir de la parution du Seigneur des Anneaux et pas de celle du Hobbit, je suis gentil)... et Tolkien n'a même pas été mis à l'Index, contrairement à la terrible, à la sulfureuse, à l'inacceptable... brrr... George Sand !
Manque de bol, c'est aussi le moment où Tolkien est tellement devenu un classique qu'absolument tout le monde s'y réfère et cherche à se l'approprier, des anticapitalistes aux technofascistes.
Quant au catholicisme de Tolkien, c'est étrange, je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu autant d'institutions catholiques s'en enorgueillir il y a vingt-cinq ou trente ans, quand les films de Peter Jackson n'étaient encore qu'un projet et que l'auteur était confidentiel, relativement à aujourd'hui, veux-je dire. Mais loin de moi l'idée de penser que l'Église puisse être mue par un quelconque opportunisme.

Anticléricalisme mis à part, ça reste toujours un soulagement quand une personnalité publique se réfère à Tolkien sans trop dire de bêtises. Pour ce qui est des discussions de traduction, là, pour le coup, le commentaire de traductions et l'explication de texte en général, c'est un peu le métier n°1 des religions du livre, donc ce n'est pas surprenant que le pape y aille de son avis sur le sujet !

En littérature mon pape c'est Annie Ernault, et elle parle du JDR et des wargames auxquels jouaient ces enfants (elle parle aussi de Tolkien) et du hard rock qu'ils écoutaient dans les années 80. Cette femme est décidément une femme de goût pour avoir aussi bien éduqué ses enfants avec son mari.
Cryoban a écrit : Le vrai problème c'est les gens.

Florentbzh a écrit : J'avoue ne pas bien comprendre ce qu'on peut jouer, mais si cela existe c'est qu'il doit bien y avoir une raison.

Mildendo a écrit : Faire du Jdr c'est prendre une voix bizarre et lancer des dés en racontant qu'on tue des gobs.
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Tybalt (le retour)
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Tybalt (le retour) »

Annie Ernaux a des enfants rôlistes ? Tu te souviens où tu as lu ça ? Ça me donne très envie de lire les textes où elle en parle :)
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Orlov
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Orlov »

Tybalt (le retour) a écrit : lun. juin 08, 2026 9:44 am Annie Ernaux a des enfants rôlistes ? Tu te souviens où tu as lu ça ? Ça me donne très envie de lire les textes où elle en parle :)

Dans Les choses Années, j'ai failli copier la citation ici. Mais la vraie vie m'a rejoint.
Dernière modification par Orlov le lun. juin 08, 2026 10:44 am, modifié 1 fois.
Cryoban a écrit : Le vrai problème c'est les gens.

Florentbzh a écrit : J'avoue ne pas bien comprendre ce qu'on peut jouer, mais si cela existe c'est qu'il doit bien y avoir une raison.

Mildendo a écrit : Faire du Jdr c'est prendre une voix bizarre et lancer des dés en racontant qu'on tue des gobs.
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Cassius Clef
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Cassius Clef »

Orlov a écrit : lun. juin 08, 2026 9:58 am
Dans Les choses, j'ai failli copier la citation ici.

Les Années ?
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Orlov
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Orlov »

Cassius Clef a écrit : lun. juin 08, 2026 10:03 am
Orlov a écrit : lun. juin 08, 2026 9:58 am
Dans Les choses, j'ai failli copier la citation ici.

Les Années ?

Absolument !
Cryoban a écrit : Le vrai problème c'est les gens.

Florentbzh a écrit : J'avoue ne pas bien comprendre ce qu'on peut jouer, mais si cela existe c'est qu'il doit bien y avoir une raison.

Mildendo a écrit : Faire du Jdr c'est prendre une voix bizarre et lancer des dés en racontant qu'on tue des gobs.
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Erwan G
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

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LE CHATEAU NOIR
La Compagnie noire, tome 2
Glen Cook

Toujours dans l’esprit de voir si ce qui m’avait plu il y a trente ans fonctionne toujours, j’ai continué l’exploration de la série de la Compagnie noire en audio, avec le tome 2.

Le temps a passé. Corbeau et Chérie ont trouvé un refuge dans une grande cité au nord, Génépi, loin de l’Empire, tandis que la Compagnie continue de faire la basse œuvre de la Dame. Mais un péril guette, puisqu’il semblerait que le Dominateur, le conjoint de la Dame, emprisonné dans un tumulus comme le fut la Dame, est sur le point de se réveiller. Alors que la Compagnie arrive pour surveiller le tumulus, Toubib et quelques hommes de la Compagnie, dont Gobelin, sont envoyés vers la cité du Nord, Génépi, pour voir ce qui s’y passe réellement. Arrivés sur place, le Toubib et ses sbires se rendent compte qu’il se passe quelque chose d’étrange avec un château noir qui semble pousser aux abords de Génépi et qui, en outre, est occupé par de drôle de créature. De plus, Toubib pense avoir croisé Corbeau dans la ville. La présence de Corbeau inquiète énormément Toubib et Gobelin, car tous les trois savent que Chérie est la réincarnation de la Rose Blanche, l’ennemie de la Dame. La présence d’Asservis à leurs coté leur font craindre une enquête à base de torture et de sorcellerie qui ne pourra que conduire les cadres de la Compagnie à reconnaitre qu’ils ont, d’une certaine façon, trahi la Dame pour sauver Chérie.

Dans ce second tome, on reste dans la même logique que le premier : les membres de la Compagnie noire ne sont pas des héros, ils ne combattent pas pour de grandes causes, mais essentiellement pour vivre correctement, en dehors du boulot, et appartenir à leur drôle de famille. Des héros, on n’en croisera pas vraiment dans ce tome. Tous les personnages sont motivés par leur intérêt, par l’appât du gain facile et la volonté de se sortir de leur condition, en espérant trouver un moyen facile de gagner de l’argent et de se mettre à l’abri de gens pire qu’eux. A commencer par Shade, le tavernier de la taverne où s’est établi Corbeau, qui passe son temps à espérer pouvoir mettre Chérie dans son lit et échapper au prêteur chez qui il a une dette qui pourrait, à terme, lui coûter son établissement, et qui va entrer dans la combine de Corbeau, qui consiste à vendre des corps plus ou moins morts aux habitants du Château noir.

Comme pour le premier tome, la relecture fait que je ne suis pas surpris par l’originalité du discours qui me semble, quand même avoir été pas mal copié par la suite, de héros qui n’en sont pas mais qui ont quand même, à coté de leur instinct de survie, une conscience qui met du temps à se réveiller. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un texte solide et d’une bonne expérience de lecture. Le lecteur fait le job, même si j’accroche parfois sur son interprétation de tel ou tel personnage ou sur l’ambiance qu’il peut mettre parfois, qui me semble en opposition avec le texte. Néanmoins, c’est totalement audible et cela ne porte pas atteinte à la lecture du livre. Si je connais les rebondissements, je suis surpris de redécouvrir les motifs et les raisons de ceux-ci. Les personnages sont tous intéressants et, contrairement au premier tome, ils ne sont pas tous « parfaits » dans leur genre, ce qui fait du bien aussi. Je lirai la suite avec beaucoup de plaisir
Va prophétiser ailleurs, c'est interdit dans le centre ville !
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Erwan G
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

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LES SAGAS LEGENDAIRES
Régis Boyer & Jean Renaud

Cela fait quelques temps que j’ai envie de m’intéresser aux sagas islandaises et, à ce titre, j’ai récupéré deux bouquins, les Sagas légendaires islandaises d’une part et l’Edda poétique d’autre part. Deux mastodontes d’un millier de pages, que j’avais mis de coté en attendant de « trouver le bon moment » pour les lire.

Après avoir difficilement absorbé 1.000 pages de roman russe du XIXème siècle, je me suis dit « allons-y, c’est le bon moment », comme s’il pouvait y en avoir un…

Temps de lecture : un bon mois. Ressenti : 6 mois.

Non pas que le texte soit particulièrement difficile à lire. Non, il s’agit d’un texte qui, à l’origine, relevait de la tradition orale et, à ce titre, il est écrit d’une façon particulièrement efficace. On ne perd pas de temps en artifice ou en détour : on a une histoire, posée là, comme un compte, qui narre les exploits de grands héros de la culture nordique. Parce que, finalement, dans ces sagas légendaires islandaises, on parle bien plus du Danemark, de la Suède et de la Norvège qu’on ne parle de l’Islande. Non, la difficulté du texte provient essentiellement des noms, des lieux et de certaines notions en provenance directe du vieux norrois.

Il est, en effet, difficile de lire les noms des protagonistes, qui répondent à un alphabet qui n’est pas le nôtre. La différence entre le ð et le þ (le « th » de « the » vs le « th » de « thing », les noms qui enchainent les consonnes (Grimr, Sigurðr…) rendent le tout parfois un peu complexe à lire. Je me rends compte, en effet, que je ne peux pas me contenter de reconnaitre le mot et de continuer la lecture, j’ai besoin de me l’approprier, de l’énoncer dans ma tête, ce qui rend la lecture plus laborieuse. L’autre difficulté provient de la différence de culture. Même si on trouve des traces de celle-ci dans nos sources (notamment littéraires, à travers l’Angleterre, qui a été nécessairement très marqué par la culture viking), elle est différente et pas toujours très accessible. Je regrette de ne pas avoir lu un livre d’histoire sur la question avant de me lancer dans la lecture de ces sagas, cela m’aurait permis de mieux cerner certaines notions et de mieux faire la part des choses entre d’une part, les croyances ayant existé et, d’autre part, les croyances déformées par la culture catholique qui fut celle qui transforma l’œuvre orale en œuvre écrite). Enfin, la qualité d’écriture des notes constitue la dernière difficulté. Elles manquent de relecture, en général, ou d’une homogénéisation du discours (souvent dans la même phrase ou la même note). De plus, les sagas ont été publiées dans des livres indépendants, avant d’être regroupées dans ce livre ci, qui est en somme, une sorte de synthèse du genre. Il en résulte que les notes n’ont que très peu été modifiées, donc on va se retrouver à lire cinq ou dix fois la même note sur le même sujet.

Une fois que cela est posé, il est difficile de ne pas être ravi de la lecture de ce livre. D’une part, parce que réussir à finir un ouvrage de 1.100 pages dans une période où la lecture me semble difficile est un exploit presque digne de l’une de ces sagas. D’autre part, et surtout, parce qu’elles éclairent réellement sur la culture viking et sur des façons d’écrire qui en sont inspirées, que ce soit celle de J. R.R. Tolkien ou de Poul Anderson.

Dans ce livre, les auteurs ont choisi des sagas qui contiennent des éléments surnaturels marqués : trolls, géants, alfes, nains, armes ou objets magiques, sorciers du Bajmaland ou non…

La première saga, la Saga des Volsungars, dans laquelle Sigurðr tue Fafnir le dragon, mais pas que. Il y est question d’or maudit, de valkyrie, de vengeance et d’aventures, est très réussie, tout comme celle de Hrolfr sans terre et d’autres.

La plus pénible est certainement celle qui porte sur la colonisation de l’Islande, qui laisse une belle part à l’explication mythologique des noms de lieu et qui, si elle est plaisante sur la fin, reste quand même une série de noms enfilés à la suite comme des perles qui ferait passer le Silmarillion pour un moment de pure poésie, notamment quand il retrace les arbres généalogiques des elfes.

Le format des sagas est assez surprenant : on ne s’attarde pas, ni sur les combats, ni sur les moments de bravoure, ni sur les moments de faiblesse. On les donne et, rapidement, on passe la suite. On ne revient sur un fait que si cela a une importance, soit pour déterminer la vaillance du héros (comme le fait qu’Oddr aux flèches ait accompli une expédition au Bjamarland) ou justifier l’action qui va s’en suivre. Les questions de vengeance sont nombreuses, les héros sont quasi exclusivement des rois ou des fils de rois, même si les bondi peuvent avoir leur moment de gloire.
On y voit la vision de l’honneur et la vision du monde que les vikings pouvaient avoir : aller piller les régions voisines est quelque chose de normal et la faute est moins sur le pilleur que sur celui qui n’arrive pas à se protéger ou à protéger ses terres. La magie est crainte mais, en même temps, acceptée si elle peut servir ou si elle prend la forme d’un objet ou d’une capacité. Ainsi, nombreux sont les berserkirs (pourquoi berserkir et pas berserker ?) qui ne peuvent être blessés par le fer mais qui sont abattus par un gourdin de bois. On y voir aussi la construction de la société, avec ses puissants qui habitent généralement des fermes, la place des femmes, la vision de l’enfance (on devient adulte à 12 ans d’après les commentateurs et, en tout cas, c’est l’âge à partir duquel on peut commencer à participer aux raids), la division de l’année en deux saisons (l’hiver et l’été)…

Un ouvrage passionnant, donc, malgré ses difficultés évoquées plus haut, que je ne peux que conseiller aux fans de mythologie et du Nord en général, des amateurs de Trudvang qui pourront certainement mieux comprendre le setting et de tous ceux qui s'intéressent à la culture viking.
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Cuchurv »

A force de lire des noms difficilement prononçables pour des bouches francophones (les noms gaéliques et gallois mais pas que...) j'ai fini par accepter de les prononcer "comme je peux" (conseil que je donne à mes joueur-ses d'Ynn Pryddein d'ailleurs). Quand c'est un nom qui va revenir souvent je vais sur "howtoprononce" pour l'entendre et tenter de le retranscrire correctement, sinon je le prononce mal et basta.

Pour berserker : c'est "berserkr" au singulier et au pluriel : "berserkir" en vieux norrois. ;)

Merci pour le coup de projecteur, j'ai les sagas dans la pleiade mais il est trop fin et avec mes pattes maladroites..

Ah une question : les notes c'est en fin de chapitre ? Fin de livre ? Bas de page ? Je milite pour que les auteurs fassent des notes de bas de page pour des référence qui apporteront quelque chose au lecteur et gardent les notes de fin de bouquin pour les trucs bibliographiques dont 99% des mortels se fichent éperdument.
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Erwan G
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Re: Littérature blanche, littérature noire, les livres dont vous vous êtes repus

Message par Erwan G »

Les notes de bas de pages concernent les éclaircissements, les indications sur les choix de traduction, les tentatives de déterminer de quelle région l'on parle...

En fin de livre, il y a une biblio et, surtout, un lexique pour les noms les plus courants.

Et même si tu les prononces dans ta tête, cela ralentit quand même la lecture, surtout que, globalement, aujourd'hui, le "d" remplace le "d" : Sigurdr à la place de Sigurðr.
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