Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

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Erwan G
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par Erwan G »

senradackod a écrit : lun. mars 16, 2026 8:29 pm Je rebondis sur ta présentation régulière des albums de Joann Sfar et Lewis Trondheim, @Gridal : je voudrais l'avis d'un lecteur de Sfar sur les récents volumes qu'il a publiés à propos, respectivement, du 7 octobre, du judaïsme et de la Palestine (Nous vivrons, Que faire des Juifs?, Terre de sang). Les as-tu lus ?

Il y a à boire et à manger chez Sfar, mais j'ai lu Nous vivrons et je l'ai trouvé très bien, tant au niveau du contenu que de la forme.

Et je ne suis pas choqué par son dessin, qui n'est que l'expression de son ressenti.
Va prophétiser ailleurs, c'est interdit dans le centre ville !
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Sammael99
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par Sammael99 »

Erwan G a écrit : lun. mars 16, 2026 10:06 pm
senradackod a écrit : lun. mars 16, 2026 8:29 pm Je rebondis sur ta présentation régulière des albums de Joann Sfar et Lewis Trondheim, @Gridal : je voudrais l'avis d'un lecteur de Sfar sur les récents volumes qu'il a publiés à propos, respectivement, du 7 octobre, du judaïsme et de la Palestine (Nous vivrons, Que faire des Juifs?, Terre de sang). Les as-tu lus ?

Il y a à boire et à manger chez Sfar, mais j'ai lu Nous vivrons et je l'ai trouvé très bien, tant au niveau du contenu que de la forme.

Et je ne suis pas choqué par son dessin, qui n'est que l'expression de son ressenti.

J'ai trouvé "Nous vivrons" très intéressant. J'avais publié sur FB la critique suivante à l'époque de ma lecture:

Nous Vivrons de Joann Sfar.

Une des choses qui me peine et m'inquiète le plus sur notre société moderne c'est que la nuance a pratiquement disparu en tant que valeur à chérir. Tous les sujets doivent *obligatoirement être* noirs ou blancs, tout le monde doit *obligatoirement être* pour ou contre, et la phrase "ce n'est pas si simple" n'est plus la vérité presque universelle qu'elle devrait être mais plutôt un signe qu'on refuse de s'engager, voire qu'on est secrètement *dans l'autre camp*. J'ai parfois peur que ce soit ça plus que toute autre chose qui marque la fin de notre civilisation. Exemple concret: la situation au moyen orient. J'ai l'impression que presque tout le monde autour de moi s'exprime de manière complètement binaire où soit les horreurs infligées aux Gazaouis sont la faute de tous les Israëliens et (par extension) de tous les Juifs, soit que la moindre critique d'Israël est taxée d'antisémitisme et donc caduque. Joann Sfar est un artiste Juif non religieux (bandes dessinées principalement, mais aussi films, musique, et autres) qui a beaucoup écrit sur des sujets en rapport avec l'histoire juive (Klezmer) et la religion (Le Chat du Rabbin). A la suite du massacre du 7 Octobre et de la guerre qui s'ensuit à Gaza, il écrit un journal viscéral, presque au fil de la plume, et important sur l'horreur des événements qui s'enchaînent. Il constate l'antisémitisme montant, questionne la négation très répandue de la boucherie, des viols et de l'horreur du 7 Octobre, s'arrache les cheveux face au cynisme (pour ne pas dire pire) du gouvernement Netanyahu, va à la rencontre de rescapés, d'artistes et d'amis en Israël (principalement Juifs, mais pas seulement). C'est un livre qui est difficile à lire, un témoignage qui remue, et au final un regard poignant sur ce que ça peut vouloir dire d'être Juif dans un moment aussi particulier. Il m'a fallu quelques mois de lecture par petites doses pour venir à bout de ces 600 pages, mais je ne regrette pas un instant d'en avoir fait la lecture. Je trouve même qu'il devrait être fortement recommandé de lire ce type d'ouvrage, très documenté, très personnel et très nuancé. Malheureusement, j'ai bien peur que Nous Vivrons n'offre pas les réponses faciles que cherche notre époque. Après tout, "ce n'est pas si simple"...
Mozart n'a pas écrit que le Boléro de Ravel. Mais aussi plein d'autres trucs beaucoup moins connus (comme le canon de Pachelbel). - Le Grümph
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senradackod
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par senradackod »

Merci pour toutes vos réponses et critiques sur les albums de Joann Sfar.
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Morningkill
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par Morningkill »

J'ai trouvé Nous Vivrons poignant, et bien "équilibré".
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Islayre d'Argolh
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par Islayre d'Argolh »

Un petit billet d'amour pour une série de manga jeunesse : Magu God of Destruction

J'ai fini la série hier soir avec le 9eme et dernier tome (je l'avais découverte l'été dernier) et c'est vraiment un coup de coeur pour moi.
Le postulat de base est sensiblement le même que celui de la série seinen Parasite (chef-d’œuvre) : la cohabitation entre un adolescent humain (en l’occurrence une collégienne) et une entité fondamentalement alien dans sa façon de percevoir le monde.

Mag-Menuek (que la jeune fille re-baptise Magu, Magu-Chan en V.O.) est le plus puissant des seigneurs du chaos, le dieu de la destruction.
Malheureusement, brisé par des siècles d'emprisonnement, il est désormais réduit a l'état de petite bestiole lovecraftienne MAIS kawaï et doit se ménager autant que possible afin de régénérer ses pouvoirs.
Le voila donc en collocation avec la jeune Ruru, que ses grands airs et son vocabulaire ampoulé n'intimide pas le moins du monde.

Cette série c'est du bisou : on rigole beaucoup, les persos sont attachants [tous les seigneurs diminués du chaos valent le coup d'oeil même si Magu et Naptaak le seigneur de la corruption (=Nyarlatothep) occupent avec bonheur la majorité du temps d'écran] et la fin est parfaite, très touchante.

Spoiler:
L'avant dernier chapitre du dernier livre nous présente en "avance rapide" toute la vie de Ruru et Magu - inséparables - jusqu’à la mort de cette dernière. Il y a une authentique émotion qui se dégage de ces quelques pages et du drame qu'est pour l'immortel la disparition de son binôme. Le dernier chapitre est une boucle qui renvoi au tout début de l'histoire : on comprend entre les lignes que les autres dieux du chaos se sont arrangés pour que Magu soit une nouvelle fois réveillé par une jeune fille, une descendante de Ruru, de manière a créer un nouveau lien entre le dieu et l'humanité

Je recommande chaudement pour les enfants comme pour les parents qui ont une petite part de guimauve en eux.
Une série complète en 9 tomes c'est parfait.
You are the rulebook. There is no other rulebook.
Make it fast, make it colorful and make it full of decisions for the players


la Cité sans Nom, CdO et autres bêtises au d20
Squatte la chaine des Vieux Geeks ainsi que JdR Passion
Mes jeux MtG au format Commandeur (multi/casual)
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Gridal
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Re: Illustrés & romans graphiques : les BDs, d'où qu'elles viennent

Message par Gridal »

Le Dojo du lagon

Crépuscule n°4
Niveau 104
Scénario : Joann Sfar & Lewis Trondheim
Illustrations : Kerascoët

Le Roi Poussière, Marvin Rouge et Pipistrelle partent à la recherche de Zakûtu, disparue suite à une téléportation en urgence pour échapper à l'Entité noire. En chemin ils accèdent à un îlot volant constitué d'un atoll paradisiaque, où vit Pirzuine, sa descendance et de nombreux autres draconistes.

Dès la couverture on comprend que le ton va changer. Après l'atmosphère sombre et violente des débuts de Crépuscule, place à l'espoir qui renaît et au nouveau monde à explorer. L'album ne traite pas du tout de l'Entité noire, d'Herbert, de la Géhenne, et s'intéresse au Roi Poussière qui retrouve les siens. Plus vieux, plus sage, il a compris que ses anciennes croyances étaient parfois absurdes et va enfin pouvoir rencontrer ses enfants et petits-enfants. Mais il va être en désaccord avec la nouvelle génération de draconistes, plus radicale. Marvin Rouge, lui, est pris dans ses histoires de fesses avec Zakûtu et Ormelle, la belle-fille du Roi Poussière.

C'est un super album, lumineux, drôle, un vrai nouveau départ pour Crépuscule. Kerascoët, nouvel arrivé au dessin, est bien sûr différent de Sfar mais il s'en sort très bien.
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Les Nouveaux Centurions

Crépuscule n°5
Niveau 105
Scénario : Joann Sfar & Lewis Trondheim
Illustrations : Kerascoët

Herbert est toujours à moitié prisonnier dans la Forteresse noire. Fayez Ul-Rahman, qui a repris officieusement le pouvoir sur l'armée de la Géhenne, annonce au canard vouloir connaître les secrets des armures nitro de Vaucanson, parce que les îlots volants de Terra Amata vont petit à petit être attirés dans l'espace.

Un bon Crépuscule, très dense, où il se passe plein de choses et où plusieurs arcs scénaristiques se rejoignent. Herbert et Marvin ont enfin l'occasion de passer du temps ensemble, le canard maîtrise un nouveau pouvoir de l'Épée du Destin et reprend possession de la Forteresse Noire, les guerriers draconistes se voient équipés d'armures nitro, Papsukal trahit définitivement son père, l'îlot de Vaucanson se dirige vers l'espace... C'est un album qui fait référence à beaucoup d'autres et qui prépare le futur "final". Relire les Donjon par ordre chronologique m'a vraiment aidé à l'apprécier plus que lors de mes précédentes lectures.
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Révolutions

Crépuscule n°6
Niveau 106
Scénario : Joann Sfar & Lewis Trondheim
Illustrations : Obion

Le Roi Poussière, Marvin Rouge et Pipistrelle ont décidé de fuir les responsabilités et de repartir à l'aventure. Ils se retrouvent coincés sur un îlot volant qui tourne sans cesse sur lui-même, habité par une riche famille qui asservit la population.

Il en fallait un, c'est celui-là : le plus mauvais album de Donjon. À sa parution en 2009, ça fait déjà un moment que les sorties d'albums sont espacées, la série n'était visiblement plus une priorité pour les auteurs. Révolutions ne fait pas du tout avancer l'histoire et se limite quasiment à son pitch. Les héros coincés sur cet îlot qui change constamment, où la faune et la flore sont très agressives, c'est en gros Le Monde Lavalite de Philip José Farmer en mode Donjon. Le titre à double sens est rigolo, on retrouve l'intérêt de Sfar et Trondheim pour les croyances poussées jusqu'à l'absurde qui rendent les gens cons (ici il s'agit plus de politique que de religion) mais ça ne suffit pas. Les auteurs n'avaient pas grand chose à raconter et ça donne un album ennuyeux et répétitif, qui pourrait aussi bien être un Monsters. Au dessin c'est Obion qui reprend la série, je n'ai pas du tout apprécié son trait. C'est le dernier album de la première période, il faudra attendre 2014 pour une (courte) renaissance de la série.
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